5a Le développement pharmaceutique
Du gène au patient
On l’a vu dans le jeu 4b « A vos lettres », le code génétique est universel, il se trouve aussi bien chez l’être humain que dans les microbes. Dès lors, le génie génétique permet de reprogrammer les micro-organismes et de leur confier de nouvelles missions. Ainsi en utilisant les mêmes règles et les mêmes outils que la nature, grâce aux techniques de génie génétique, il est désormais possible de produire des protéines de remplacement à faible coût et en grande quantité. Tu vas découvrir dans ce jeu le cas de l’insuline .
L’insuline (du latin insula, île), une hormone produite dans certaines cellules du pancréas de tout être humain sain, est responsable du taux de sucre sanguin. Certains individus ne produisent pas assez d’insuline et ont par conséquent un taux de sucre trop élevé. On parle alors de diabète. Les personnes atteintes d’un diabète grave doivent s’injecter de l’insuline quotidiennement pour mener une vie normale. Autrefois, l’insuline provenait d’un pancréas de bœuf ou de porc. Depuis les années 80, elle est également produite grâce au génie génétique.
Peut-on en faire de même pour toutes les protéines ? Essayer oui ! Pourtant les succès restent ponctuels... Coller le bon gène n’implique pas forcément la production de la protéine par le micro-organisme. Les biologistes doivent encore trouver le moyen d’activer la production. Alors seulement les cellules hôtes produiront les protéines tant attendues par les malades.
Cette insuline est rigoureusement équivalente à celle produite par le corps humain et peut être utilisée telle quelle par l’homme. Ce n’est pas le cas de l’insuline d’origine animale (extraite du porc) qui doit être humanisée par un traitement enzymatique pour être utilisable chez l’homme.
Pour rappel, l’industrie biotechnologique est née au cours de la 2ème guerre mondiale. La pénicilline (antibiotique produit par un champignon microscopique) venait d’être découverte par Flemming. Les besoins rendus importants par la guerre forcèrent ingénieurs et biologistes à en produire de très grandes quantités.
L’avènement du génie génétique marqua le début de la biotechnologie recombinante, un des 3 types de biotechnologies existants (voir L’horloge des Sciences de la vie - jeu 1a).
A vous de découvrir les principales étapes faisant appel aux microbes domestiqués.
5b La propriété intellectuelle
Breveter pour développer une idée
Pourquoi la propriété intellectuelle existe-t-elle?
Supposons que tu aies inventé l’eau en poudre, ce serait sensationnel. Ça en serait fini des famines, des transports onéreux d’eau minérale. Le monde attend une telle invention et des milliers d’hommes et de femmes seraient sauvés.
Derrière une invention, il y a beaucoup de sueur et d’argent : souvent des dizaines d’années de travail qui ont consommé toutes les économies des inventeurs et de leurs proches. Certes l’inventeur sent qu’il peut gagner avec son invention. Mais d’autres le savent aussi et aimeraient bien profiter… surtout si quelqu’un a ouvert le chemin et créé la demande. Se protéger ? Oui mais comment ? Comment s’assurer que ce ne soient pas d’autres qui en tirent profit et que tu te retrouves sans rien? Comment l’inventeur peut-il profiter de son invention?
Il a deux possibilités
Première possibilité: il garde cette invention secrète, la développe et essaie de la vendre le plus cher possible! Mais comment s’assurer le maintien du secret? Et que se passera-t’il le jour où le monde entier en parlera avec exultation, que ses concurrents scruteront en détail son invention - et la «pomperont » ? Il risque de tout perdre. Sans parler du fait que quelqu’un pourrait accéder à son invention. Qu’un collaborateur le quitte et trahisse le secret où qu’une autre société puisse arriver à la même solution et mettre sur le marché une eau en poudre tout aussi désaltérante.
Deuxième possibilité: il pourra déposer un brevet qui lui apporte la certitude que dans les pays choisis, pendant 20 ans, personne ne pourra vendre sans son autorisation une eau en poudre basée sur son invention. Son brevet en poche, il pourra contacter toutes les entreprises intéressées. Etant donné que le brevet aura été publié, ils connaîtront le potentiel qui découle de son invention. Il pourra désormais soit attribuer une licence exclusive à un groupe, soit concéder une licence non-exclusive à tous les producteurs intéressés: pendant ces 20 années, pour toute eau en poudre dont la production repose sur ton invention les entreprises devront te verser un certain montant. Avec cet argent, tu pourras non seulement rembourser tes dettes, mais encore financer un confortable atelier employant de nombreux collaborateurs, dans lequel tu effectueras de nouvelles inventions.
Un brevet apporte la certitude que, pendant 20 ans, personne ne pourra commercialiser une invention sans autorisation.
Le débat sur les brevets se focalise actuellement essentiellement sur les inventions biotechnologiques. Depuis quelques années, de vives discussions portent sur le fait de savoir si, par exemple, une séquence génique peut faire l’objet d’un dépôt de brevet lorsqu’un chercheur découvre comment on peut l’utiliser à des fins commerciales. Ce débat donne lieu à différentes réflexions : les adversaires des brevets biotechnologiques disent que les animaux et les végétaux ne sont pas des «inventions». On ne doit pas, disent-ils, pouvoir les breveter comme des produits chimiques ou des fours à micro-ondes. Les gènes sont un bien commun de l’humanité, auxquels chacune et chacun doit avoir libre accès. Les partisans répliquent que des investissements ne sont possibles que si les résultats peuvent bénéficier de protection. Qui investirait dans des développements longs et onéreux s’il n’avait pas la garantie de pouvoir profiter du fruit de son travail et que les brevets présentent l’avantage (par rapport au secret) de partager et de diffuser la connaissance acquise. Rappelons que la littérature de brevet est une source inestimable d’informations permettant aux scientifiques de bien connaître l’état de l’art et de s’en inspirer pour dépasser les défis de leurs disciplines.
5c La naissance d’une entreprise
Suis-je fait pour entreprendre?
Au fait, l’innovation, c’est quoi pour toi?
Une définition simple serait : une idée qui a trouvé son marché. Un marché ?… c’est-à-dire des clients, des gens qui achètent et paient pour un produit, un service. Et l’argent récolté va permettre de financer la recherche et le développement de nouveaux produits, de payer des employés très qualifiés et de soutenir la croissance de l’entreprise. Toutes les sociétés ont commencé modestement (voir le jeu 1b), mais toutes ont commencé par une innovation.
Aujourd’hui, nous sommes passés à une «économie de la connaissance», dans laquelle le savoir, et surtout la circulation des connaissances sous forme d’informations, est un moteur de l’économie.
Le débat n’est plus de savoir qui maîtrise les applications industrielles de la science et de la technologie, mais qui maîtrise les connaissances qui permettront ces applications industrielles. D’une manière très schématique, on pourrait dire que le premier brevet qui valorise une connaissance nouvelle était hier déposé par un industriel et suivi par une fabrication. Il est aujourd’hui déposé par des chercheurs, publics ou privés, intéressés par la valorisation de leur recherche, et suivi par la négociation de licences permettant à ces industriels de développer de nouveaux produits.
Ainsi, le temps où traditionnellement les savoirs acquis dans l’espace scientifique académique constituaient un patrimoine ouvert, mis à la disposition de tous, appartient au passé. Dans le champ des connaissances, valorisation rime aujourd’hui avec protection et exploitation. Le but ultime de la recherche publique n’est plus simplement de produire des connaissances scientifiques, mais aussi de promouvoir l’exploitation concrète des avancées qu’elles génèrent. Or cette exploitation, dans une économie de marché, a une dimension économique. Qui investirait des millions en développement sans s’assurer un retour sur investissement?
Dans cette perspective, le transfert technologique est une voie parmi un ensemble de moyens pour valoriser la recherche scientifique.
Aujourd’hui, les centres de recherche aident leurs étudiants, doctorants, chercheurs, dans ces démarches. Dans tous ces centres, il existe des unités de valorisation.
Il s’agit de personnes qui, non seulement se chargent de la protection des innovations notamment par des brevets, mais qui démarchent les entreprises intéressées par ces innovations, ou aident les inventeurs qui veulent monter leur société. Ainsi, les inventeurs souvent jeunes, et bien occupés par leur travail de recherche, sont heureux de profiter du soutien de personnes expérimentées. Les centres de recherche, tout comme l’Etat qui les finance, voient à travers ce processus la possibilité de créer de la valeur économique et de l’emploi. L’industrie y voit tout le bénéfice de pouvoir s’appuyer sur du savoir structuré et protégé, deux conditions à tout
développement.





